Une balade en Seine et
Marne ces
jours-ci pour profiter de la Smartbox
gentiment offerte par mes collègues de travail à l'occasion de ma retraite.
La chambre d'hôtes : La Loutinière à Sourdun près de Provins.
La façade de la maison n'a rien d'extraordinaire mais à l'intérieur de
cette ancienne grange remaniée par ses propriétaires, 4 chambres d'hôtes
avenantes dont la nôtre ont été créées. Un petit détail amusant : Les murs de
notre chambre sont crépis à la chaux et parsemés de petits brins de paille !
Dans Provins, nous ne ferons qu'une petite ballade car le froid pince sec...
Par contre, le château de La Motte Tilly, également voisin et entièrement meublé
d'époque (XVIIIème siècle) nous ouvre ses portes pour une visite guidée... privée !
Question de saison sans doute...
Le château est édifié à partir de 1754 dans un parc boisé en bordure de Seine, sur des plans de l’architecte François
Nicolas Lancret, pour les frères Terray. Le plus célèbre, devient contrôleur général des finances du roi Louis XV en 1769. En 1910, le comte de Rohan-Chabot, descendant par sa mère de la famille
Terray, entreprend des travaux de restauration d’après des documents d’archives. Le parc est ainsi redessiné avec des terrasses descendant en pente douce jusqu’au miroir
d’eau. Le château est classé monument historique en 1946. Après le décès du comte en 1964, sa fille, la marquise de Maillé, reconstitue par le décor et l’ameublement aux prestigieuses
estampilles, l’ambiance raffinée d’une demeure du XVIIIe siècle. Décédée en 1972, sans héritier, la marquise lègue son château à la Caisse nationale des
monuments historiques et des sites aujourd'hui Centre des monuments nationaux, à la condition qu’il soit maintenu en l’état et que « le visiteur puisse y ressentir le
sentiment d’une présence ».
Le petit salon ou salon bleu et la salle à manger meublés en style Régence
La chambre en toile de Jouy de style Louis XVI
Le billard français tout en
marqueterie...
Merci les collègues !
Noyée dans une mer de téléphones portables, une
tête d'Hermès (Hermès en Grèce ou
Mercure chez les Romains), messager des Dieux, ouvre l'exposition que présente
le Musée de La Poste. Le ton est donné pour cette expostion qui couvre 2500 ans d'histoire de transmission de la communication entre les hommes.
Une enveloppe et une lettre en argile datant de 1800 avant
J.C.
Pendant les
guerres, on a utilisé de tous temps le langage codé.
Ici, le code de César décalé de trois lettres.
Au Moyen-Age, la connaissance prend la forme
du rouleau : ici, un rotulus.
Ce parchemin souvent transporté d'abbaye en abbaye par les moines
s'allongeait au fur et à mesure du voyage par les accusés de réception allant
parfois jusqu'à mesurer plus de 10 mètres de longueur !
A l'époque, la correspondance est scellée à l'aide de sceaux de bois, d'ivoire
de laiton ou encore d'argent revêtant parfois des formes animalières.
Un nécessaire à cire
Nous voici mainenant au 15ème siècle avec
ici des bottes de postillon.
Celui-ci acheminait le courrier d'un relais-poste à l'autre (distants de 7 lieues, soit 28kms),
ce qui inspira Charles Perrault pour les bottes de l'ogre de son Petit Poucet.

Au 16ème siècle, la civilisation inca ne connait pas l'écriture. Les Incas savaient cependant conserver l'information (essentiellement
mathématique) par un système de noeuds sur des cordelettes multicolores appelées Khipus. En fait, chaque khipu constituait pour l'état un livre de
comptes. On comptait les personnes, les animaux, les récoltes, etc...

Autre continent, autre moyen de communication.
En Afrique, les tambours étaient utilisés pour transmettre des messages oraux.
Mais revenons à l'occident avec la création en 1760 de La Petite Poste de Paris,
c'est-à-dire un service de collecte et de distribution du courrier urbain. Le facteur de ville est né. Muni d'un claquoir qu'il agite pour avertir de son
arrivée, il distribue la correspondance intra-muros.

Le 18ème
siècle voit l'invention par les frères Chappe de la télégraphie aérienne par un système de relais diurne entre
sémaphores. La première ligne, inaugurée en 1794, est celle qui relie Lille à Paris. Les messages partis de Paris arrivent à Lille 6 heures après !
Les guerres exigent de nouveaux moyens de communication de
l'information.
Lors de la guerre de 1870 et du siège de la
capitale qui isole les Parisiens de la province,
on utilise alors des "ballons-montés" pour envoyer le courrier en dehors de Paris.
Près de 11 tonnes de courrier seront ainsi acheminées par la voie des airs au moyen de
65 ballons. Emile Lacaze, aéronaute, perdit la vie lors d'un naufrage de son ballon,
"le Richard Wallace" dans l'Océan atlantique.
Apparaissent aussi à cette époque les "boules de Moulins" immergées dans la Seine
et qui remontent le courant jusqu'à la capitale. Elles contiennent chacune
jusqu'à 5 à 600 lettres. Rarement parvenues à destination, ces boules étanches ont été retrouvées dans la Seine par la suite et La Poste a fait de son mieux
pour les faire parvenir aux descendants de leurs destinataires qui possèdent là un vrai trésor.

Après la télégraphie aérienne, voici l'arrivée de l'électricité et du télégraphe d'Ampère, amélioré
par Samuel Morse. Un signal long correspond à un trait, un signal court à un point, le tout retranscrit sur papier par une aiguille.
Le code Morse est toujours utilisé par l'armée.

C'est ensuite l'invention des pneumatiques, du téléphone et de... l'internet mais tout ceci est contemporain ! La boucle est bouclée, du moins pour le moment...
Ceci n'est qu'un aperçu d'une exposition très documentée qui nous a bien intéressés
mais un peu difficile à évoquer en abrégé car les photos y étaitent interdites !
Un superbe film de Tony Gatlif vient de sortir sur les écrans parisiens.
"Liberté"
Il est inspiré du
livre de Jacques Sigot "Ces Barbelés oubliés par l'Histoire
: un camp pour les tsiganes... et les
autres" sur le camp de Montreuil-Bellay établi
près de Saumur.

Le film évoque la traque des tsiganes par la police du gouvernement de
Vichy
à la solde des nazis et leur internement (de
novembre 1941 à janvier 1945) dans des camps.
L'histoire se passe dans un petit village de la zone
occupée.
Théodore, est
vétérinaire et maire du village. Il a recueilli P'tit Claude, neuf ans, dont les parents ont disparu depuis le début de la guerre. Mademoiselle Lundi, l'institutrice fait la
connaissance des Tsiganes qui se sont installés à quelques pas de là. Ils sont venus pour
faire les vendanges dans le pays. Humaniste et républicaine convaincue, elle s'arrange, avec l'aide de Théodore, pour que les enfants Tsiganes soient scolarisés. De son côté, P'tit Claude se
prend d'amitié pour Taloche, grand gamin bohémien de trente ans qui se promène partout avec son violon sur l'épaule. Mais les contrôles d'identité imposés par le régime de Vichy se
multiplient et les Tsiganes, peuple nomade, n'ont plus le droit de circuler librement : Théodore cède alors un de ses terrains aux bohémiens, désormais sédentarisés. Tandis que les enfants
Tsiganes suivent les cours de Mademoiselle Lundi, P'tit Claude est de plus en plus fasciné
par le mode de vie des Bohémiens - un univers de liberté où les enfants sont rois. Mais la joie et l'insouciance sont de courte durée : la pression de la police de Vichy et de la Gestapo
s'intensifie et le danger menace à chaque instant. Comme ils l'ont toujours fait depuis des siècles, les Tsiganes devront reprendre la route…
Tony Gatlif explique l'origine du scénario.
"J’ai fini par trouver une anecdote de quelques lignes : Le destin d’un dénommé "Tolloche" (Taloche dans le film) fut particulièrement tragique. Interné à Montreuil-
Bellay, il réussit à se faire libérer après avoir acheté, par l’intermédiaire d’un notaire, une petite maison à quelques kilomètres de la ville. Incapable de vivre entre quatre murs, il reprit la
route pour retourner dans son pays d’origine, la Belgique. Il fut arrêté dans le Nord et disparut en Pologne avec ses compagnons d’infortune. C’est le destin de ce Tolloche qui a pris tous les
risques pour sauvegarder sa liberté qui m’a décidé à faire ce film. Et puis il y a ce Juste, un notaire, qui lui aussi a pris tous les risques pour tenter de le sauver..."
Une interview de Tony Gatlif à propos de son dernier film
Pour votre info, James Thiérrée qui joue le rôle de Taloche n'est autre que
le petit-fils de Charlie Chaplin... ce qui explique peut-être sa facilité à se mouler dans
la peau de ce personnage à la fois clownesque et tragique à la fois.
Son grand-père, il ne peut guère le renier, non... ?

Quant au personnage de Mademoiselle Lundi, il vient de la résistante Yvette Lundy, elle-même institutrice pendant la guerre dans le village de Gionges dans la Marne.
Celle-ci, toujours en vie, s'exprime sur son action pendant la guerre :
"Etre résistant, c'est être un peu "anormal" dans la société de l'époque. Au début de la guerre il y avait seulement quelques dizaines de résistants dans la Marne. Ma famille s'est trouvée
engagée dans la Résistance dès l'été 1940. Nous habitions au Nord de Reims,
pas très loin du camp de Bazancourt où étaient enfermés plus de 3000 soldats français prisonniers, gardés par les Allemands. Certains sont parvenus à s'enfuir et nous en avons recueilli. Il
fallait les habiller en civil, les nourrir, leur changer l'identité. Comme j'étais institutrice et secrétaire de mairie, je pouvais faire des fausses cartes. Les cartes d'identité étaient
nécessaires pour pouvoir obtenir les cartes d'alimentation à cause du rationnement. Mes
frères avaient de la place chez eux et pouvaient héberger plusieurs personnes, moi je ne pouvais en héberger qu'une seule à la fois. J'ai aussi fait des fausses cartes d'identité pour des
familles juives, pour des gens qui refusaient de faire le S.T.O. et qui se cachaient . D'autres personnes ont hébergé des aviateurs anglais et américains dont les avions avaient été descendus par
la D.C.A et qu'il fallait cacher pour les faire repartir en Angleterre. J'ai été dénoncée et les Allemands sont venus
m'arrêter dans ma classe, devant mes élèves ! J'ai été enmenée et interrogée au
Cours d'Ormesson à Châlons puis emprisonnée au fort de Romainville et ensuite on nous a entassées en train, dans un wagon à bestiaux : 120 femmes là où il y a de la place pour 6 chevaux. Nous
avons eu 4 jours et 3 nuits de voyage avec juste une ration de pain chacune, une bassine d'eau et une tinette commune. On ne pouvait pas être toutes assises en même temps.
Puis on est arrivées au Nord de Berlin, à la gare de Fürstenberg, on a fait 4,5 km de marche et
on est arrivées au camp de Ravensbrück".
Rappel
historique
Avec la guerre, Himmler, le chef de la police d’Hitler devient le responsable de toutes les opérations de génocide et de déportation.
À partir de 1941, il conduira la liquidation de millions de personnes et des 6 millions de Juifs. Son bras droit, Arthur Nebe, est le responsable du génocide des Tsiganes. Par un décret du 16 décembre
1942, appelé ultérieurement Auschwitz Erlass, Himmler décida du transfert des Tsiganes et des Zigeuner-Mischlinge du grand Reich à Auschwitz-Birkenau. Le registre du camp a été découvert et
publié. Au moins 23 000 Tsiganes étaient à Auschwitz-Birkenau. Les familles tsiganes d’Allemagne, d’Autriche, de Bohême Moravie, des Pays-Bas, du Luxembourg, de Belgique et du Nord et du
Pas-de-Calais, furent totalement exterminées. De même les Tsiganes de Pologne furent liquidés avec les ghettos juifs ou massacrés sur place. La Troisième République impose leur assignation
à résidence sur l’ensemble du territoire métropolitain et pour toute la durée de la guerre par un décret-loi daté du 6 avril 1940, soit un mois avant l’invasion des troupes allemandes. Les
nomades arrêtés et assignés par les gendarmes seront les principales victimes de l’ordonnance allemande du 4 octobre 1940 qui ordonne aux autorités françaises de procéder à l’internement des
Tsiganes en zone occupée. Entre 6 000 et 6 500 personnes majoritairement de nationalité française furent internées en famille dans les 30 camps d’internement pour nomades dont 5 situés en zone
libre. L’internement en zone libre et notamment dans le camp de Saliers (Bouches-du-Rhône) releva de la décision exclusive du gouvernement de Vichy. Ces camps étaient gérés par les
préfectures, surveillés par des gendarmes. Les familles vécurent ces années d’enfermement dans la plus grande précarité tant physique que morale et dans l’indifférence totale. Les plus importants
étaient ceux de Montreuil-Bellay, Jargeau et Poitiers. Les Tsiganes de France ne furent pas concernés par le décret du 16 décembre 1942 ordonnant la déportation à Auschwitz des Tsiganes résidant
dans le Grand Reich (à l’exception de 145 personnes arrêtées dans les départements du Nord et du Pas de Calais et déportées le 15 janvier 1944). Bien qu’il n’y ait pas eu de déportation massive,
des Tsiganes furent déportés dans le cadre du travail au service de l’Allemagne, pour faits de résistance ou pris dans des rafles allemandes.
Carte des camps d'internement des tsiganes en France
Quelques photos de ce très beau film
Marc Lavoine dans le rôle du vétérinaire, maire du village
Mademoiselle Lundi l'institutrice jouée par Marie-Josée Croze
Les paysages des Monts du
lyonnais

L'arrestation des tsiganes par les forces de l'ordre et les nazis
Derrière les barbelés...
Et puis, il y a la musique, toujours aussi partie prenante des films de Tony
Gatlif, comme ce morceau de Kalman Urszuj qui rend si bien l'athmosphère de la fête qui se déroule dans le village et qui permet aux tziganes de gagner le sel de leur soupe.